L’oedème, inflation interstitielle

I- L’œdème, une inflation du secteur interstitiel

Pr Jacques Fourcade, Pr Charles Janbon

 

I.1- Rappel Physiologique : propriétés du secteur interstitiel

I.1.1- Définition

L’eau corporelle se répartit entre deux compartiments :

–   l’espace intracellulaire (3/5 de l’eau corporelle) ;

–   l’espace extracellulaire (2/5 de l’eau corporelle).

 

L’espace extracellulaire est lui-même composé de deux secteurs :

–   le secteur vasculaire (ou plasmatique) ;

–   le secteur interstitiel.

 

I.1.2- Topographie

Le secteur interstitiel correspond à l’espace intercellulaire :

–   du tissu sous-cutané : derme et hypoderme ;[1]

–   des organes et des viscères (exemple : les muscles, le foie).

Il comprend aussi des espaces normalement virtuels constitués par :

–   les fascia de décollement sous-cutanés ;

–   les séreuses (péritoine, plèvre, péricarde.[2]

 

I.1.3- Les échanges du secteur interstitiel

Le secteur interstitiel est un lieu de transit des nutriments et des déchets, entre le plasma et les cellules. Il est le siège d’échanges permanents :

 

a) avec l’espace intracellulaire : diffusion transmembranaire

 

¨       Le pool du sodium. Bien que cet ion diffuse librement à travers les membranes basales, sa concentration intracellulaire reste très faible, car des pompes membranaires l’expulsent en permanence. De ce fait, l’espace extracellulaire contient 90% du sodium corporel.

 

L’osmolarité du milieu extracellulaire est due au sel.

 

¨       L’eau. Sa distribution répond quant à elle à une contrainte impérative : maintenir ou rétablir une osmolarité égale dans chacun des espaces de l’organisme. Le volume d’eau présent dans le volume extracellulaire est donc indissociablement liée à la quantité de sodium qui y est contenue.

 

Toute rétention sodée entraîne une accumulation hydrique dans le secteur interstitiel.

 

b) avec le secteur intravasculaire. L’équilibre de Starling régit les échanges capillaires. La filtration au niveau des capillaires est conditionnée par deux facteurs :

¨    Pression de filtration. Elle est la résultante de deux pressions  :

 

◊ Pression hydrostatique intra-capillaire. Elle est engendrée par le flux sanguin traversant l’anse capillaire. Elle tend à faire sortir l’eau et les ions du capillaire.

 

◊ Pression oncotique du plasma. Elle est engendrée par les protéines (notamment l’albumine) dont la taille empêche la diffusion vers l’espace interstitiel. Leur présence dans le seul secteur vasculaire crée une contrepression négative, de nature osmotique. De plus, les lymphatiques interstitiels réabsorbent les protéines ayant réussi à filtrer, et jouent ainsi un rôle majeur.

 

¨    Coefficient de perméabilité du capillaire. Il varie d’un lit vasculaire à l’autre.

 

Les déterminants de la filtration capillaire

• Pression de filtration  = pression hydrostatique capillaire

— pression oncotique plasmatique.[3]

• Filtration = Pression de filtration x Coefficient de perméabilité.

 

 

I.2- Mécanisme général des oedèmes

 

Toute altération de l’un des facteurs de l’équilibre de Starling est susceptible d’accroître le passage d’eau et de sel du secteur vasculaire vers le secteur interstitiel, et d’y favoriser leur accumulation.

 

Cette séquestration peut atteindre plusieurs dizaines de litres. Elle peut :

–   siéger dans les tissus cutané et sous-cutané, notamment les membres inférieurs ;

–   et/ou affecter les tissus profonds (viscères, séreuses).

 

Selon que cette séquestration est limitée ou diffuse, l’œdème est localisé ou généralisé.

 

Diagnostic différentiel : ce qui n’est pas un oedème

¨       Collection liquidienne sous-cutanée (kyste, hygroma, hématome) ;

¨       Obésité ;

¨       Lipodystrophie (appelée improprement “cellulite”) : dépôt localisé anormal de tissu graisseux sous-cutané dans certaines régions: face externe des fesses et des cuisses (culotte de cheval), face interne des genous, face antéro-interne des jambes. Elle n’atteint jamais les pieds (aspect en “pantalon de golf”). Consistance ferme, élastique, douloureuse au “pincé-roulé”, avec phénomène de la “peau d’orange”. Trouble surtout féminin.

¨       Grosses jambes constitutionnelles. Elles posent un problème esthétique.

 

Un « œdème » très particulier: le myxœdème

Il ne s’agit pas au sens strict d’un œdème, mais d’une infiltration cutanéo-muqueuse, spécifique de l’hypothyroïdie. La peau est d’une pâleur cireuse, sèche et bouffie. L’infiltration est ferme, élastique, sans signe du godet. Les sièges électifs sont la face et les membres inférieurs.

 

Une infiltration similaire, localisée à la région prétibiale, s’observe paradoxalement dans l’hyperthyroïdie.

Voir le cours d’Endocrinologie : Hypothyroïdie


[1] La cohésion de l’espace interstitiel est assurée par des macromolécules, des fibres de collagène et des fibres élastiques au sein desquelles les cellules sont organisées en tissus.

[2] La présence de quelques ml de fluide y facilite le glissement des viscères.

[3] Au pôle artériolaire, le gradient de pression positif (+ 10 mmHg) favorise la sortie de l’eau et des ions hors du capillaire. Au pôle veineux, e gradient de pression négatif (- 10 mmHg) favorise le retour vers le capillaire.